À mesure que s’intensifie la course à la succession du Secrétaire général de l’ONU, une information largement partagée sur les réseaux sociaux présente Macky Sall comme le grand favori. Pourtant, en examinant de près l’origine de cette affirmation, le récit apparaît fragile, voire orchestré.
Un sondage introuvable
Tout part d’un texte publié début avril 2026, attribué à un certain « Farid Ruben », présenté comme professeur de géopolitique aux États-Unis. Ce document affirme qu’un sondage réalisé par une mystérieuse société nommée « Holding Price Limited » placerait Macky Sall largement en tête des intentions pour diriger l’Organisation des Nations unies.
Mais le problème, c’est que ni l’auteur ni l’entreprise ne laissent de traces vérifiables. Les recherches menées par des observateurs indépendants n’ont permis d’identifier ni l’existence réelle de cette société, décrite tour à tour comme américaine ou britannique, ni celle du supposé expert qui signe l’analyse. L’origine même du sondage reste donc indéterminée.
Des affirmations contredites par les faits
Le texte va plus loin en affirmant que l’Union africaine soutiendrait officiellement la candidature de Macky Sall. Or, cette affirmation est factuellement incorrecte. Une opposition significative de l’UA matérialisée par au moins 20 États membres sur les 55 a empêché l’adoption d’un tel soutien, dépassant le seuil nécessaire pour bloquer la décision.
En réalité, la candidature de l’ancien président sénégalais a été portée par le Burundi début mars 2026, sans consensus continental.
Une diffusion soigneusement relayée
La viralité du contenu ne semble pas relever du hasard. Le texte a d’abord circulé sur un compte X dédié à la promotion de Macky Sall pour l’ONU, avant d’être repris massivement. Sur les réseaux sociaux, de nombreux comptes favorables ont diffusé des messages quasi identiques, suggérant une amplification coordonnée.
Certains médias ont également relayé l’information sans vérification approfondie, contribuant à lui donner une apparence de crédibilité. Dans plusieurs cas, les articles se citaient mutuellement comme sources, créant un effet de boucle informationnelle.
Interrogés par la suite, certains de ces médias ont reconnu s’être appuyés sur des publications rapidement supprimées ou impossibles à confirmer. D’autres ont évoqué des contenus diffusés brièvement sur les réseaux sociaux avant d’être retirés faute de vérification.
Un schéma déjà observé
Ce n’est pas la première fois que le nom de « Holding Price Limited » apparaît dans l’espace médiatique africain. Des références à cette entité ont déjà émergé lors de précédentes séquences électorales, sans qu’il soit possible d’en établir la légitimité ou la structure.
Ce flou récurrent alimente les soupçons d’une utilisation stratégique de faux sondages pour influencer l’opinion publique, en particulier dans des contextes politiques sensibles.
Une compétition ouverte
Dans cette course au poste de Secrétaire général, Macky Sall n’est pas seul. D’autres personnalités de premier plan sont également en lice, notamment Rebeca Grynspan, Rafael Mariano Grossi et Michelle Bachelet.
Des auditions publiques sont prévues durant la semaine du 20 avril 2026, une étape clé dans le processus de sélection.
En définitive, derrière l’apparente popularité attribuée à Macky Sall se dessine une mécanique de diffusion peu transparente, reposant sur des sources invérifiables. Or, dans un environnement informationnel saturé, la crédibilité d’une donnée repose d’abord sur sa traçabilité.
Thom Biakpa




