La Banque centrale d’Égypte a choisi la prudence. Lors de sa réunion du 21 mai 2026, son Comité de politique monétaire a maintenu inchangés ses principaux taux directeurs : 19 % pour le taux de dépôt au jour le jour, 20 % pour le taux de prêt, et 19,5 % pour le taux de l’opération principale. Cette décision marque un nouveau statu quo monétaire, dans un contexte où l’économie égyptienne reste fortement exposée aux tensions géopolitiques et à la volatilité des prix de l’énergie.
Après plusieurs baisses de taux engagées en 2025, Le Caire semble désormais privilégier une phase de stabilisation. L’objectif est clair : éviter qu’un nouvel épisode inflationniste ne vienne fragiliser le pouvoir d’achat, les finances publiques et la confiance des investisseurs.
Le principal risque vient de l’extérieur. Importatrice nette d’énergie, l’Égypte subit directement la hausse des prix pétroliers liée aux tensions au Moyen-Orient. En mars 2026, les autorités ont déjà relevé les prix domestiques des carburants, avec des hausses situées entre 14 % et 17 % selon Reuters — certaines sources évoquant jusqu’à 30 % selon les catégories de produits.
Cette pression énergétique complique la trajectoire de désinflation. Même si l’inflation avait ralenti par rapport aux pics observés ces dernières années, la Banque centrale reste attentive au risque de transmission des prix du carburant vers les transports, l’alimentation, l’industrie et les services.
Le gouvernement tente parallèlement de préserver ses réserves en devises. Les transferts des expatriés, le tourisme, les investissements étrangers et les revenus du canal de Suez restent des sources vitales de dollars. Le canal avait montré des signes de reprise début 2026, avec 449 millions de dollars de revenus au 7 février, en hausse par rapport à la même période de 2025.
Mais cette amélioration demeure fragile. Le trafic maritime reste vulnérable aux tensions régionales, notamment en mer Rouge et au Moyen-Orient. Pour l’Égypte, la politique monétaire ne peut donc pas être lue seulement comme un arbitrage interne entre croissance et inflation. Elle est aussi une réponse défensive à un environnement extérieur instable.
En maintenant ses taux élevés, la Banque centrale envoie un message aux marchés : la priorité reste la stabilité. Mais cette stratégie a un coût. Des taux élevés soutiennent la livre égyptienne et aident à contenir l’inflation, mais ils pèsent aussi sur le crédit, l’investissement et la reprise économique.
Le dilemme égyptien est donc clair : assouplir trop vite ferait courir le risque d’un retour de l’inflation ; maintenir longtemps des taux élevés pourrait freiner la croissance. Dans ce contexte, Le Caire avance sur une ligne étroite, entre discipline monétaire, pression énergétique et besoin urgent de devises.




