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mardi, juin 2, 2026
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Financement agricole : l’AFSA interpelle la BAD sur le modèle d’agrobusiness promu en Afrique

Aux Assemblées annuelles 2026 de la Banque africaine de développement, organisées à Brazzaville, l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique, AFSA, a ouvert un débat sensible : les financements agricoles massifs profitent-ils réellement aux petits producteurs ou renforcent-ils surtout les grands modèles agro-industriels ?

L’organisation critique l’orientation de certains financements vers de vastes projets d’agrobusiness, des chaînes de valeur mondialisées et de grandes entreprises, au détriment des systèmes agricoles locaux, diversifiés et portés par les communautés paysannes. Selon l’AFSA, ce choix risque de marginaliser les petits producteurs, alors même qu’ils jouent un rôle central dans l’alimentation du continent.

La critique porte aussi sur le narratif des « terres disponibles » ou « sous-utilisées ». Pour plusieurs organisations paysannes et chercheurs, ces espaces sont souvent déjà utilisés par des communautés locales, des éleveurs, des agriculteurs ou des systèmes écologiques complexes. Les considérer comme vides ou inutilisés peut ouvrir la voie à des conflits fonciers et à des formes d’accaparement des terres.

L’AFSA met également en cause certaines formes de finance dite « climato-intelligente », lorsqu’elles soutiennent des monocultures intensives, dépendantes d’intrants chimiques et vulnérables aux chocs climatiques. L’organisation plaide au contraire pour un financement plus important de l’agroécologie, des semences paysannes, de la régénération des sols, des marchés locaux et de la transparence dans l’identification des bénéficiaires finaux.

Ce débat ne doit pas être réduit à une opposition simpliste entre agriculture moderne et agriculture paysanne. L’Afrique a besoin d’investissements massifs, de productivité, de mécanisation, de transformation et de financement. Mais la question essentielle est celle du modèle : qui possède les terres ? Qui contrôle les semences ? Qui capte la valeur ? Qui supporte les risques ? Et qui bénéficie réellement des fonds mobilisés ?

Pour les institutions financières africaines, le défi consiste à concilier montée en échelle et inclusion. Les grands projets peuvent contribuer à structurer des filières, mais ils doivent éviter d’écraser les exploitations familiales, les systèmes fonciers locaux et les marchés de proximité. À l’inverse, les petits producteurs ne doivent pas rester enfermés dans une agriculture de subsistance, sans accès au crédit, aux intrants, aux équipements et aux débouchés.

La controverse ouverte par l’AFSA est donc utile. Elle rappelle que le financement agricole ne peut pas être évalué uniquement en milliards mobilisés. Il doit aussi être mesuré à l’aune de ses effets sur la souveraineté alimentaire, les revenus paysans, l’emploi rural, la résilience climatique et la capacité des Africains à contrôler leurs propres systèmes alimentaires.

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