Chaque année, le Ghana perd près de 1,9 milliard de dollars du fait des pertes post-récolte, un chiffre qui résume à lui seul l’ampleur d’un défi structurel que les gouvernements successifs n’ont pas réussi à résoudre. Face à cette hémorragie silencieuse, Accra tente une approche nouvelle en s’inspirant du modèle agroindustriel biélorusse.
C’est dans ce cadre que le président John Dramani Mahama effectue une visite d’État de cinq jours en Biélorussie, incluant un passage dans la ville de Brest, pôle reconnu de l’agro-transformation du pays. Il s’agit d’identifier des solutions techniques concrètes pour réduire des pertes qui, selon les filières, peuvent affecter jusqu’à 50 % de la production agricole récoltée — les produits périssables comme les fruits, légumes et tubercules étant les plus exposés.
Les causes sont bien connues et largement documentées. Elles résultent de l’effet combiné de l’insuffisance des infrastructures de stockage, de l’absence de chaînes du froid adaptées, de la faiblesse du réseau routier et de la fragmentation des circuits de commercialisation. Des acteurs du secteur avaient déjà alerté sur le fait que sans investissement massif dans le stockage et le transport, toute hausse de la production ne fait qu’augmenter mécaniquement le volume des pertes.
La Biélorussie apparaît comme un partenaire stratégique crédible dans ce domaine, fort d’une agroindustrie développée et d’une expertise éprouvée en matière de conservation et de transformation des produits agricoles. Les deux pays ont par ailleurs renforcé leurs liens ces derniers mois. En mars 2026, Minsk avait annoncé l’exportation de 3 000 tracteurs et équipements agricoles vers le Ghana, assortie de la création de centres de maintenance et de programmes de formation technique. Ce volet mécanisation s’inscrit dans l’initiative Feed Ghana, qui vise à déployer plus de 4 000 machines agricoles dans 50 districts d’un secteur où 78 % des opérations restent encore manuelles.
Le Ghana n’est pas le seul pays d’Afrique de l’Ouest à regarder vers Minsk. La Biélorussie affiche une ambition claire sur le marché africain, notamment dans le laitier, avec des exportations déjà entamées vers le Sénégal. Pour Accra, troisième importateur de produits laitiers de la sous-région après la Mauritanie et le Nigeria, l’enjeu dépasse la seule question des pertes post-récolte et touche à une recomposition plus large de sa politique agroalimentaire.




