Cinq ans après la disparition de Yuan Longping, l’agronome chinois surnommé le « père du riz hybride », son héritage reste visible en Afrique. De la Guinée à Madagascar, en passant par le Tchad ou la Gambie, plusieurs projets de coopération agricole mettent en avant le riz hybride comme une piste pour améliorer les rendements et réduire la dépendance aux importations.
L’enjeu est majeur. Le riz est devenu un aliment central dans de nombreux pays africains, notamment en Afrique de l’Ouest. Mais la production locale reste souvent insuffisante face à une demande en forte croissance. Dans ce contexte, les variétés hybrides suscitent l’intérêt, car elles peuvent offrir de meilleurs rendements que certaines variétés traditionnelles, à condition d’être adaptées aux sols, au climat et aux pratiques locales.
En Guinée, un projet de démonstration appuyé par des experts chinois aurait permis d’atteindre des rendements d’environ 6 tonnes par hectare et par saison. Au Tchad, des variétés sélectionnées dans le cadre de la coopération chinoise auraient augmenté les rendements de plus de 35 % par rapport à certaines souches locales. En Gambie, des producteurs accompagnés par des experts ont également enregistré des progrès importants, grâce à une combinaison de semences améliorées, formation technique et mécanisation.
Madagascar occupe une place particulière dans cette dynamique. Le pays dispose d’un centre de démonstration du riz hybride à Mahitsy, ainsi que d’un laboratoire conjoint Chine-Madagascar consacré à cette culture. L’objectif est de développer des variétés mieux adaptées aux conditions locales et de renforcer progressivement la production de semences sur place.
Mais le riz hybride ne doit pas être présenté comme une solution miracle. Son efficacité dépend d’un ensemble de conditions : accès à l’eau, disponibilité des engrais, encadrement technique, qualité des semences, organisation des producteurs, stockage, transformation et accès au marché. Sans ces éléments, les gains de rendement peuvent rester limités.
L’autre enjeu est celui de la souveraineté semencière. Si les pays africains dépendent uniquement de semences importées, ils risquent de remplacer une dépendance alimentaire par une dépendance technologique. À l’inverse, si les coopérations permettent de former des chercheurs africains, de renforcer les instituts nationaux et de produire localement des semences adaptées, le riz hybride peut devenir un véritable levier de souveraineté alimentaire.
L’héritage de Yuan Longping peut donc continuer à nourrir l’Afrique, mais à une condition : que cette technologie soit appropriée localement. Pour les pays africains, l’objectif n’est pas seulement de produire plus de riz, mais de bâtir des filières solides, compétitives et maîtrisées par les acteurs locaux.




