Le risque de tensions financières au Sénégal refait surface dans les analyses des grandes institutions internationales. Lors d’une récente intervention à Nairobi, l’économiste en chef pour l’Afrique de Citi Bank, David Cowan, a mis en garde contre une possible dégradation de la situation budgétaire du Sénégal à l’horizon 2027, allant jusqu’à évoquer un scénario de défaut de paiement.
Une situation sous tension malgré un répit temporaire
Selon l’analyse de Citi, le Sénégal a réussi à éviter une crise immédiate, mais cette accalmie reste fragile. Le pays évoluerait dans un contexte financier tendu, marqué par des déséquilibres accumulés au fil des années. L’année en cours aurait été franchie de justesse, sans pour autant garantir une stabilisation durable.
Cette vulnérabilité s’explique notamment par la réévaluation récente de la situation réelle des finances publiques. Des écarts importants ont été identifiés entre les chiffres officiels et la réalité budgétaire, révélant une exposition plus élevée que prévu.
Une dette alourdie par des pratiques contestées
Au cœur des inquiétudes figure une gestion jugée opaque des finances publiques. Un rapport de la Cour des comptes du Sénégal a mis en lumière des sous-estimations répétées du déficit budgétaire entre 2019 et 2023. Ces anomalies ont conduit à une révision significative du niveau d’endettement du pays, remettant en cause la fiabilité des données transmises aux partenaires internationaux, notamment au Fonds monétaire international.
Dans ce contexte, les perspectives économiques ont été revues à la baisse. Le FMI anticipe désormais une croissance de 2,2 % en 2026, contre 3,0 % précédemment envisagés. Une correction qui traduit l’impact des tensions budgétaires sur l’économie réelle.
Face à ces signaux préoccupants, le gouvernement sénégalais tente de rassurer. Le ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr, met en avant les efforts engagés pour redresser les finances publiques. Il insiste sur une stratégie de consolidation budgétaire et sur la résilience du pays, notamment dans le cadre de l’UEMOA.
Un contexte africain marqué par des risques accrus
Le Sénégal n’est pas un cas isolé. L’analyse de Citi souligne également les fragilités du Mozambique et du Malawi, deux économies particulièrement exposées à court terme. Dans ces pays, la dépréciation des monnaies nationales pourrait rendre le remboursement des dettes en devises étrangères difficile, voire impossible dès 2025.
Toutefois, l’ampleur potentielle de ces défauts resterait limitée. Le Malawi, par exemple, est principalement endetté auprès d’institutions comme la Banque mondiale, tandis que le Mozambique ne compte qu’un nombre restreint d’obligations internationales.
Une tendance continentale préoccupante
Depuis 2020, plusieurs pays africains ont déjà fait face à des défauts souverains, parmi lesquels le Ghana, la Zambie, l’Éthiopie et le Tchad. Ces crises ont été gérées dans le cadre du mécanisme commun du G20, illustrant une dynamique régionale où les vulnérabilités liées à la dette restent élevées.
Dans ce paysage, le Sénégal apparaît aujourd’hui à un tournant. Entre efforts de redressement et pressions extérieures, sa capacité à restaurer durablement la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux sera déterminante pour éviter un scénario de crise plus profonde dans les années à venir.
Thom Biakpa




