En Tanzanie, les tensions politiques nées du scrutin d’octobre-novembre 2025 continuent de produire leurs effets, bien après la fermeture des urnes. Jeudi 23 avril, à Dar es Salaam, une commission d’enquête officielle a dévoilé un bilan qui se veut précis : 518 personnes auraient perdu la vie lors des violences post-électorales. Parmi elles, 28 femmes et 490 hommes, selon les chiffres présentés par son président, Mohamed Chande Othman.
Ce rapport, censé faire la lumière sur des événements survenus dans un climat de forte crispation politique, n’a toutefois pas apaisé les tensions. Bien au contraire. Dès sa publication, il a été vivement contesté par l’opposition, notamment par Chadema, principal parti rival du pouvoir. Celui-ci remet en cause non seulement les conclusions, mais aussi la crédibilité même de la commission, accusée depuis sa création de manquer d’indépendance.
L’écart entre les versions est considérable. Là où les autorités évoquent un peu plus de cinq cents victimes, l’opposition avance un chiffre près de quatre fois supérieur, estimant que le nombre de morts pourrait atteindre environ 2 000. Cette divergence alimente les soupçons de dissimulation et renforce un climat de défiance déjà profondément installé.
Parallèlement, la circulation d’images particulièrement violentes sur les réseaux sociaux a contribué à intensifier l’émotion et l’indignation, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Certaines photographies, montrant notamment des enfants parmi les victimes, ont ravivé les accusations de répression brutale.
Au-delà du débat sur les chiffres, c’est toute la scène politique tanzanienne qui apparaît fracturée. Les autorités s’en tiennent aux conclusions de l’enquête nationale, tandis que leurs opposants réclament désormais une investigation internationale indépendante. Dans ce contexte tendu, la question du bilan humain reste non seulement un enjeu de vérité, mais aussi un symbole des divisions profondes qui traversent encore le pays.
Thom Biakpa




