Sous un ciel lourd de chaleur et d’attentes, le pape Léon XIV a posé le pied mardi à Malabo, marquant une étape hautement symbolique de sa tournée africaine. Dans ce pays où la foi catholique structure profondément la société, cette visite de trois jours prend des allures d’événement historique, plus de quatre décennies après le passage de Jean-Paul II en 1982.
Accueilli avec faste par le président Teodoro Obiang Nguema, le souverain pontife n’a pourtant pas tardé à donner le ton. Derrière les protocoles et les honneurs, son discours s’est voulu direct, presque incisif. Face aux autorités politiques, diplomatiques et civiles réunies au palais présidentiel, il a esquissé une vision exigeante du pouvoir : celle d’une responsabilité tournée vers la justice, la dignité humaine et le bien commun.
Dans un monde qu’il décrit comme profondément déséquilibré, Léon XIV a dénoncé « l’économie de l’exclusion », pointant une fracture grandissante entre une élite infime et le reste de la population. Dans un pays riche en ressources pétrolières mais marqué par de fortes inégalités, ses mots ont résonné avec une acuité particulière. Sans citer directement de noms, il a évoqué les dérives d’un système où richesse ostentatoire et pauvreté extrême coexistent, une allusion à peine voilée aux critiques récurrentes visant certains cercles du pouvoir, dont Teodorín Obiang.
Le pape a également élargi son propos à l’échelle mondiale, mettant en garde contre l’usage des nouvelles technologies à des fins destructrices plutôt que solidaires. Pour lui, le progrès ne peut être authentique que s’il bénéficie à tous et réduit les fractures, au lieu de les creuser.
Autre point central de son intervention : la gestion des ressources naturelles. Dans ce pays pétrolier, Léon XIV a critiqué une logique d’exploitation tournée vers le profit immédiat, au détriment de l’environnement, des populations locales et de la dignité du travail. Un message qui s’inscrit dans la continuité de l’engagement écologique de son prédécesseur, François, dont une école du pays porte le nom et que le pape doit visiter durant son séjour.
Malgré la gravité de ses propos, la journée s’est conclue sur une note plus chaleureuse. En parcourant à pied les rues de la capitale, entouré de fidèles venus nombreux, Léon XIV a retrouvé un visage plus détendu. Ce bain de foule contraste avec la tension politique sous-jacente de sa visite, où chaque parole semble pesée entre diplomatie et appel au changement.
Au-delà des discours, cette visite apparaît comme un exercice d’équilibre délicat : celui d’un chef spirituel cherchant à faire entendre un message de justice dans un contexte politique sensible, sans rompre le dialogue avec un pouvoir solidement installé.
Thom Biakpa




