Le gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Jean-Claude Brou, entend renforcer la place de l’or dans les réserves de l’institution monétaire régionale. À cette fin, il a récemment réuni à Abidjan plusieurs représentants des compagnies minières opérant dans l’espace UEMOA afin de leur présenter un projet visant à permettre à la Banque centrale d’acquérir une partie de leur production aurifère.
Cette initiative intervient dans un contexte où de nombreuses banques centrales à travers le monde cherchent à accroître leurs réserves en métal précieux, afin de diversifier leurs actifs et de réduire leur dépendance aux devises internationales. Pour la BCEAO, l’objectif est double : renforcer la solidité de son bilan et consolider la crédibilité financière de l’Union monétaire ouest-africaine face aux incertitudes économiques mondiales.
Selon les informations disponibles, Jean-Claude Brou a exposé aux acteurs du secteur aurifère un mécanisme qui permettrait à la Banque centrale d’acheter directement une fraction de l’or produit dans les pays membres. Une telle démarche constituerait une évolution notable dans la gestion des réserves de la BCEAO, traditionnellement composées d’actifs financiers et de devises étrangères. Les modalités opérationnelles, notamment les volumes concernés, les mécanismes de fixation des prix et le caractère volontaire ou non des ventes, n’ont toutefois pas encore été rendues publiques.
L’enjeu est particulièrement stratégique pour l’UEMOA, dont plusieurs États figurent parmi les principaux producteurs d’or du continent africain. Le Burkina Faso, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et, dans une moindre mesure, le Niger disposent d’une production aurifère en forte croissance ces dernières années.
Pourtant, une grande partie de ce métal est exportée vers les marchés internationaux sans contribuer directement au renforcement des réserves de la Banque centrale.
Au-delà de la simple constitution de stocks d’or, cette initiative pourrait également favoriser une meilleure valorisation des ressources minières au profit des économies de la région. En achetant localement une partie de la production, la BCEAO pourrait contribuer à maintenir davantage de richesse au sein de l’espace communautaire tout en réduisant sa vulnérabilité aux fluctuations des marchés financiers internationaux.
Cette orientation s’inscrit dans une dynamique plus large observée auprès de plusieurs banques centrales, qui considèrent désormais l’or comme un actif stratégique dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, la volatilité des devises et l’évolution des politiques monétaires internationales.
Reste désormais à convaincre les compagnies minières de l’intérêt économique d’un tel dispositif. Les groupes internationaux privilégient généralement les circuits traditionnels de commercialisation de leur production, souvent adossés à des contrats de long terme et à des places de marché internationales.
La réussite du projet dépendra donc de la capacité de la BCEAO à proposer un cadre d’achat compétitif, transparent et compatible avec les exigences des opérateurs.
Si elle aboutit, cette stratégie marquerait une étape importante dans l’évolution de la politique de gestion des réserves de la BCEAO et renforcerait l’ancrage des ressources naturelles dans la stratégie financière de l’Union monétaire ouest-africaine, à un moment où les questions de souveraineté économique occupent une place croissante dans les politiques publiques africaines.
Thom Biakpa




