mercredi, août 12, 2026
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Afrique du Sud : La Russie soupçonnée d’avoir financé la tentative de fuite de Kémi Séba vers le Zimbabwe, selon Bloomberg

L’affaire Kémi Séba prend une nouvelle dimension en Afrique du Sud. Selon des documents judiciaires consultés par Bloomberg dans le cadre de la procédure d’extradition réclamée par le Bénin, des procureurs sud-africains soupçonnent la Russie d’avoir financé la tentative de sortie clandestine du militant panafricaniste du territoire sud-africain.

Stellio Gilles Robert Capo Chichi, plus connu sous le nom de Kémi Séba, a été arrêté le 14 avril dernier à Pretoria alors qu’il se trouvait avec son fils et François van der Merwe, responsable du mouvement identitaire afrikaner Bittereinders. Les autorités sud-africaines soutiennent que les trois hommes tentaient de gagner le Zimbabwe en traversant illégalement le fleuve Limpopo.

Pour parvenir jusqu’à la frontière, les policiers auraient mis en place une opération sous couverture. Ils se seraient présentés comme des agents d’une société de sécurité privée sollicitée par van der Merwe pour organiser la traversée. D’après une source policière citée par l’AFP, celui-ci aurait reçu 250 000 rands pour mettre en place l’opération. Les procureurs sud-africains avancent désormais que cet argent pourrait provenir de Russie.

Une alliance improbable entre deux univers idéologiques

La présence de François van der Merwe aux côtés de Kémi Séba donne à cette affaire un caractère particulièrement singulier. Les deux hommes évoluent en effet dans des sphères politiques qui semblent, à première vue, difficilement conciliables.

Kémi Séba, d’origine franco-béninoise, s’est imposé comme l’une des figures les plus visibles du panafricanisme radical. Suivi par plus de 1,5 million de personnes sur les réseaux sociaux, il défend depuis plusieurs années des positions ouvertement hostiles à l’influence occidentale en Afrique et affiche son soutien aux régimes militaires arrivés au pouvoir dans plusieurs pays du Sahel. Il a par ailleurs été déchu de sa nationalité française en 2024.

François van der Merwe, lui, est à la tête des Bittereinders, un mouvement identitaire afrikaner créé en 2021 et revendiquant l’héritage des combattants boers de la seconde guerre anglo-boer. Âgé de moins de trente ans, il défend une vision centrée sur la préservation de la communauté afrikaner, dont la devise est « un avenir pour notre peuple ».

Malgré ces différences profondes, les enquêteurs sud-africains estiment que les deux hommes disposent chacun de connexions avec des réseaux russes. Van der Merwe s’était notamment rendu à Moscou en septembre 2024, où il avait rencontré une organisation associée à l’oligarque russe Konstantin Malofeev, placé sous sanctions occidentales.

Le parcours de Séba présente également un précédent. En octobre 2024, il avait été interrogé à Paris par la DGSI dans le cadre de soupçons portant sur d’éventuelles relations avec une puissance étrangère. Il avait finalement été remis en liberté sans faire l’objet de poursuites.

Les accusations de financement russe ne sont pas nouvelles

Les soupçons évoqués aujourd’hui par les procureurs sud-africains font également écho à des révélations antérieures concernant les activités de Kémi Séba.

En 2023, une enquête menée conjointement par Jeune Afrique, Arte et Die Welt avait établi que Wagner, le groupe paramilitaire russe alors dirigé par Evgueni Prigojine, avait apporté environ 440 000 dollars au financement des activités de l’ONG Urgences panafricanistes, liée à Séba, entre 2018 et 2019.

Prigojine est décédé en août 2023 dans le crash de son avion. Depuis, les accusations concernant l’existence de relais russes au sein de certains réseaux panafricanistes continuent d’alimenter les débats sur l’influence de Moscou en Afrique.

Dans le dossier sud-africain, les procureurs cherchent désormais à déterminer si cette influence aurait également joué un rôle dans la tentative de fuite de Séba.

Une extradition au centre des enjeux

L’arrestation de Pretoria intervient alors que Kémi Séba fait l’objet d’une demande d’extradition formulée par le Bénin. Les autorités béninoises le recherchent dans le contexte d’un putsch manqué survenu en décembre 2025. Il lui est notamment reproché d’avoir appelé à la rébellion à travers ses publications sur les réseaux sociaux.

Séba conteste la perspective d’un retour au Bénin et a déposé une demande d’asile politique en Afrique du Sud. Celle-ci n’a, à ce stade, pas encore été tranchée.

La procédure d’extradition connaît elle-même des retards. Après avoir été reportée à deux reprises, l’audience a repris le 11 août à Pretoria. Son issue pourrait déterminer si le militant panafricaniste sera remis aux autorités béninoises ou pourra poursuivre sa procédure de protection en Afrique du Sud.

Pretoria face à une affaire sensible

Au-delà du cas personnel de Kémi Séba, le dossier prend une dimension diplomatique particulière pour l’Afrique du Sud. Membre des BRICS et engagée depuis plusieurs années dans le maintien de relations étroites avec Moscou, Pretoria se retrouve confrontée à des accusations selon lesquelles des fonds russes auraient pu contribuer à une opération clandestine menée sur son propre territoire.

Pour l’heure, les accusations de financement russe rapportées dans les documents judiciaires restent des allégations avancées par les procureurs sud-africains. Elles devront être examinées dans le cadre de la procédure judiciaire en cours.

L’affaire réunit ainsi plusieurs enjeux sensibles : l’extradition d’un militant panafricaniste recherché par le Bénin, une tentative présumée de fuite vers le Zimbabwe, les liens controversés de certains protagonistes avec des réseaux russes et, plus largement, la question de l’influence de Moscou dans les recompositions politiques africaines. Pretoria se retrouve désormais au centre de cette équation complexe, dont les prochains développements judiciaires pourraient apporter de nouveaux éléments.

Thom Biakpa

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