Le Burkina Faso a pris deux mesures fortes pour protéger son marché intérieur : la suspension des importations de riz, annoncée le 29 avril 2026, et la suspension des exportations de bétail sur l’ensemble du territoire national, annoncée le 8 mai 2026. Les autorités justifient ces décisions par la volonté de favoriser l’écoulement de la production locale, de garantir la disponibilité des produits sur le marché national et de soutenir la souveraineté alimentaire.
À Ouagadougou, ces mesures ont reçu un accueil favorable d’une partie de la population. Plusieurs citoyens interrogés par Le360 Afrique estiment qu’elles permettront de soutenir les producteurs locaux, de mieux maîtriser ce que le pays consomme et d’éviter les tensions sur les prix, notamment à l’approche de périodes de forte demande comme la Tabaski.
La suspension de l’importation du riz s’inscrit dans une politique plus large de promotion de la production locale. Depuis 2023, le Burkina Faso met en œuvre l’Offensive agropastorale et halieutique, un programme destiné à accroître la production de filières stratégiques comme le riz, le maïs, le blé, la pomme de terre, la mangue, le poisson, la volaille et la viande.
Dans le cas du bétail, le gouvernement indique vouloir assurer la disponibilité sur le marché national. La décision suspend également la délivrance des Autorisations spéciales d’exportation, avec un délai d’une semaine accordé aux détenteurs d’autorisations en cours pour finaliser leurs opérations.
Ces mesures posent toutefois une question économique importante. Protéger la production locale peut donner de l’air aux producteurs et stimuler l’investissement national. Mais une restriction durable des importations ou des exportations peut aussi créer des effets secondaires : tensions commerciales, contournements informels, baisse de revenus pour certains exportateurs, risque de pénurie si la production locale ne suit pas, ou hausse des prix si l’offre intérieure reste insuffisante.
Le succès de cette politique dépendra donc de l’accompagnement. Pour le riz, il faudra garantir la qualité, la disponibilité, le stockage, la transformation et la distribution de la production locale. Pour le bétail, il faudra sécuriser l’approvisionnement intérieur sans fragiliser les éleveurs dont les revenus dépendent parfois des marchés régionaux.
Le Burkina Faso fait ainsi un choix assumé : placer la souveraineté alimentaire au-dessus de la logique de libre circulation immédiate des produits. Cette orientation peut renforcer les filières nationales, à condition qu’elle s’appuie sur des investissements solides, une organisation efficace des marchés et un dialogue avec les producteurs, commerçants et consommateurs.
À court terme, les mesures peuvent rassurer une partie de la population. À moyen terme, leur crédibilité dépendra de la capacité du pays à produire suffisamment, à prix abordable, tout en améliorant les revenus des acteurs agricoles.




