samedi, août 15, 2026
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Burkina Faso : Une quarantaine de journalistes contraints à une formation militaire au nom du patriotisme

Les autorités militaires du Burkina Faso ont imposé à une quarantaine de professionnels des médias, une formation militaire présentée comme une « immersion patriotique ». Cette initiative, qui devrait désormais être organisée chaque année, intervient alors que le pays est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré depuis le coup d’État de 2022 et fait face à une importante crise sécuritaire liée aux violences jihadistes.

Au total, ce sont quarante-quatre journalistes, issus de médias publics et privés ainsi que de différentes régions du pays, qui ont pris part à cette formation organisée de dimanche à vendredi à l’Académie de police de Pabré, à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou.

Des images diffusées jeudi par la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB) montrent les participants vêtus d’uniformes militaires et portant des fusils. Certaines séquences les présentent également en plein exercice physique ou entonnant des chants collectifs.

Face aux journalistes rassemblés au garde-à-vous, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, les a interrogés sur leur volonté de devenir des professionnels « patriotiques ». Les participants ont répondu par l’affirmative. Le ministre a également affirmé qu’un journaliste professionnel qui ne serait pas patriote constituerait une menace pour son pays.

Pour les autorités, cette immersion vise notamment à familiariser les journalistes avec le quotidien des forces de défense et de sécurité. Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, a expliqué que l’objectif était de leur faire découvrir les réalités opérationnelles ainsi que les valeurs qui encadrent l’action des forces de sécurité.

Le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, a pour sa part, annoncé que cette initiative devait devenir une tradition. Selon lui, les autorités mobiliseront chaque année les moyens nécessaires afin de permettre aux professionnels des médias de recevoir cette formation. Il a également indiqué que le dispositif pourrait prochainement être étendu à d’autres catégories socioprofessionnelles.

Cette décision s’inscrit dans une politique plus large menée par le pouvoir militaire burkinabè, qui revendique une orientation souverainiste et entretient des relations particulièrement tendues avec plusieurs pays occidentaux. Le régime a par ailleurs, suspendu plusieurs médias et assume ouvertement une rupture avec les pratiques démocratiques traditionnelles.

Depuis 2015, le Burkina Faso est confronté à une insurrection jihadiste attribuée notamment à des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Le conflit a provoqué des milliers de morts et entraîné le déplacement de plusieurs millions de personnes à l’intérieur du pays.

La formation militaire imposée aux journalistes intervient donc dans un contexte où les autorités mettent de plus en plus l’accent sur le patriotisme et la mobilisation de la population face à la menace sécuritaire. Désormais, les professionnels des médias devraient être les premiers d’une liste de groupes socioprofessionnels appelés à participer à ce type d’« immersion ».

Thom Biakpa

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