Le Sénégalais Abdoulaye Ndiaye vient d’inscrire son nom dans l’histoire intellectuelle du continent. Professeur à la Stern School of Business de New York University, il a remporté, le 15 mai 2026, la première édition de l’Africa NextGen Economist Prize, une distinction créée par Jeune Afrique et The Africa Report, en partenariat avec la Banque africaine de développement, pour mettre en lumière les jeunes économistes africains de premier plan. À 37 ans, le chercheur sénégalais a été récompensé pour des travaux qui croisent dette souveraine, protection sociale, fiscalité, mobilisation des ressources internes et politiques publiques africaines.
Un parcours académique d’excellence
Abdoulaye Ndiaye appartient à cette nouvelle génération d’économistes africains formés dans les meilleures institutions mondiales, mais dont les travaux restent fortement connectés aux enjeux du continent. Après une formation d’ingénieur en mathématiques à l’École Polytechnique à Paris, il poursuit un doctorat en économie à Northwestern University, aux États-Unis, où il soutient une thèse consacrée à la fiscalité optimale et aux politiques de retraite.
Depuis 2019, il est Assistant Professor of Economics à la New York University Stern School of Business, l’une des grandes écoles de management américaines. Avant de rejoindre NYU Stern, il a été économiste chercheur à la Federal Reserve Bank of Chicago, entre 2018 et 2019. Son parcours l’a également conduit dans plusieurs institutions de référence, notamment Harvard, Princeton, Yale, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, la Banque mondiale et le FMI, selon les éléments disponibles dans son CV académique.
Un économiste à la croisée de la macroéconomie, de la fiscalité et du développement
Ses domaines de recherche se situent au cœur des grands débats économiques actuels : macroéconomie, finances publiques, développement et économie politique. Sur son site académique, Abdoulaye Ndiaye présente ses intérêts de recherche autour de la macroéconomie, de l’économie publique, du développement et de l’économie politique.
Ce positionnement explique en grande partie l’intérêt suscité par ses travaux. Abdoulaye Ndiaye ne se contente pas d’aborder des questions théoriques. Il travaille sur des sujets très concrets pour les États africains : comment financer la protection sociale dans des économies fortement informelles ? Comment améliorer la mobilisation des ressources fiscales ? Comment penser la soutenabilité de la dette souveraine lorsque la qualité de la dépense publique et le rendement des investissements sont déterminants ?
L’un de ses articles récents, publié dans le Journal of Monetary Economics, porte précisément sur le financement de l’assurance chômage dans un contexte d’informalité et de fausses déclarations, avec des données liées au Sénégal. Il a également travaillé sur la dette cachée et le défaut souverain, un sujet particulièrement sensible dans le contexte sénégalais récent.
Une reconnaissance continentale
La distinction reçue à Kigali vient consacrer une trajectoire déjà très solide. Abdoulaye Ndiaye a été choisi par un jury de sept économistes africains. Ses travaux ont été salués non seulement pour leur valeur académique, mais aussi pour leur utilité pour les décideurs publics, les investisseurs et les citoyens africains.
Ce point est important. L’Africa NextGen Economist Prize ne récompense pas simplement un CV prestigieux. Il met en avant une capacité à produire une pensée économique utile pour le continent. Dans le cas d’Abdoulaye Ndiaye, cette utilité apparaît clairement : ses recherches parlent aux ministères des Finances, aux banques centrales, aux institutions multilatérales, aux investisseurs et aux gouvernements africains confrontés à des arbitrages difficiles entre endettement, croissance, redistribution et stabilité sociale.
Un pont entre recherche académique et politiques publiques
Abdoulaye Ndiaye incarne aussi une figure de plus en plus recherchée dans le débat économique africain : celle du chercheur capable de dialoguer avec les institutions publiques sans renoncer à la rigueur académique. En 2021, il a été conseiller principal auprès du ministre sénégalais de l’Économie, du Plan et de la Coopération. Il est également affilié à plusieurs réseaux de recherche, dont le Centre for Economic Policy Research et CESifo.
En mai 2026, il a rejoint le Finance for Development Lab comme chercheur non-résident. L’institution souligne que ses travaux cherchent à rapprocher la recherche en macroéconomie internationale et en finances publiques des problématiques très concrètes de dette souveraine. Dans ce cadre, il doit notamment travailler sur l’amélioration des analyses de soutenabilité de la dette, la mobilisation des ressources domestiques et les défis de dette dans les économies africaines.
Un symbole pour la nouvelle génération africaine
Au-delà du prix, Abdoulaye Ndiaye représente un signal fort pour la jeunesse africaine. Dans un univers académique mondial où les chercheurs africains restent encore insuffisamment visibles, son parcours montre qu’il est possible d’occuper les espaces les plus exigeants de la recherche internationale tout en travaillant sur des problématiques enracinées dans les réalités africaines.
Dans un entretien publié par Northwestern University, il expliquait que son intérêt pour le développement vient aussi de son expérience sénégalaise. Il y évoquait son désir initial de travailler sur le développement et le rôle des gouvernements, avant de s’orienter vers la macroéconomie et les finances publiques, notamment autour des questions de protection sociale et de filets sociaux.
Son parcours est aussi marqué par une dimension personnelle forte. Dans ce même entretien, Abdoulaye Ndiaye racontait avoir été diagnostiqué d’une leucémie pendant son doctorat, une épreuve qu’il a surmontée avant d’obtenir son diplôme l’année suivante. Cette trajectoire donne à son ascension une dimension humaine particulière, au-delà de l’excellence académique.
Pourquoi son profil compte pour l’Afrique
La consécration d’Abdoulaye Ndiaye intervient à un moment où les économies africaines font face à des défis majeurs : hausse du coût de la dette, pression sur les finances publiques, nécessité d’investir dans les infrastructures, besoin de protection sociale, informalité massive et demande croissante de politiques publiques mieux fondées sur les données.
Dans ce contexte, l’Afrique a besoin d’économistes capables de produire des analyses robustes, mais aussi de formuler des réponses adaptées aux contraintes institutionnelles du continent. C’est précisément là que se situe l’intérêt du profil d’Abdoulaye Ndiaye. Ses travaux ne se limitent pas à importer des modèles économiques conçus ailleurs. Ils cherchent à intégrer les réalités africaines, notamment la faiblesse de la capacité fiscale, l’informalité, les contraintes budgétaires et la qualité de la dépense publique.
Avec cette distinction, Abdoulaye Ndiaye devient plus qu’un lauréat. Il devient l’un des visages d’une nouvelle génération d’économistes africains appelée à peser davantage dans la production intellectuelle mondiale et dans la conception des politiques économiques du continent.
La Rédaction.




