Il arrive que des conférences produisent des textes qui, au-delà du symbole, tracent une ligne politique claire. C’est ce que vise la Déclaration de N’Djamena, adoptée début juin 2026 à l’issue de la quatrième Conférence panafricaine sur la gouvernance des semences, organisée par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA).
Pendant trois jours, organisations paysannes, mouvements de femmes et de jeunes, chercheurs, parlementaires et institutions régionales venus de 20 pays africains ont convergé vers la capitale tchadienne pour arrêter une position commune sur l’avenir des systèmes semenciers du continent.
La déclaration part d’un constat chiffré et documenté : les systèmes de semences gérés par les agriculteurs fournissent 90 % des semences utilisées sur le continent. Ce sont eux qui nourrissent des millions de familles. Pourtant, ces mêmes systèmes sont sous pression croissante — lois semencières restrictives, concentration industrielle du secteur, et désormais numérisation qui risque de transformer le patrimoine génétique de l’Afrique en actifs privés contrôlés hors du continent.
Face à cette dynamique, la Déclaration de N’Djamena formule six affirmations fondamentales :
- Les droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et améliorer leurs semences sont déclarés non négociables ;
- Les systèmes paysans sont reconnus comme autonomes et légitimes, et non comme une étape transitoire vers un modèle commercial ;
- La diversité des variétés locales est présentée comme un atout stratégique pour l’adaptation climatique et la nutrition ;
- Les femmes agricultrices sont explicitement reconnues comme gardiennes et innovatrices indispensables ;
- La biodiversité semencière est qualifiée de bien commun, non privatisable ;
- La numérisation agricole est placée sous exigence de gouvernance africaine souveraine.
Le texte s’adresse directement aux États membres de l’Union africaine, aux communautés économiques régionales, aux gouvernements nationaux, aux institutions de financement et aux parlementaires. Il leur demande d’aligner leurs politiques, leurs budgets et leurs lois sur ces principes — notamment dans le cadre du protocole de propriété intellectuelle de la ZLECAf.
Derrière la rhétorique, l’enjeu est concret. Qui contrôle les semences contrôle une part déterminante des systèmes alimentaires. La Déclaration de N’Djamena pose le principe que cette question doit être tranchée en faveur des peuples africains, et non au profit d’intérêts industriels exogènes. Son impact dépendra désormais de la capacité des signataires à en faire un levier de réforme tangible dans les arènes politiques nationales et régionales.




