L’histoire ressemble à un feuilleton administratif qui s’étire sur près de deux décennies. Au cœur de l’affaire, un avion laissé à l’abandon sur le tarmac portugais et un propriétaire aujourd’hui aux responsabilités gouvernementales.
L’appareil en question, un Boeing 727-100 appartenant à Jean-Pierre Bemba, n’a jamais quitté l’aéroport de Faro depuis 2008. À l’époque, dans le sillage des poursuites engagées contre lui par la Cour pénale internationale (CPI), plusieurs de ses biens avaient été gelés à l’étranger, dont cet avion immobilisé au Portugal.
Mais les années ont passé, et l’appareil est resté sur place, sans qu’aucune démarche ne soit entreprise pour le récupérer. Résultat, une situation devenue problématique pour les autorités aéroportuaires portugaises, qui considèrent désormais ce stationnement comme abusif, notamment depuis l’entrée en vigueur d’une législation visant les avions abandonnés.
Face à cette inertie, Lisbonne a fini par hausser le ton. Une mise en demeure a été adressée à Jean-Pierre Bemba, lui laissant un délai de 60 jours pour retirer l’avion et régler les frais accumulés. La facture est lourde : près d’un million d’euros pour 19 années de stationnement.
L’ultimatum étant resté sans effet, les autorités ont finalement tranché : l’appareil est officiellement saisi.
Du côté de l’entourage du vice-Premier ministre congolais en charge des Transports, la responsabilité est contestée. Selon ses proches, l’origine du blocage remonte directement à la procédure engagée par la Cour pénale internationale. Ils estiment donc que cette dernière devrait assumer les conséquences financières de l’immobilisation prolongée.
Un argument renforcé, selon eux, par le fait que Jean-Pierre Bemba a été acquitté en 2018, mettant fin aux accusations portées contre lui.
En attendant, l’avion, lui, reste cloué au sol, témoin silencieux d’un contentieux où se mêlent justice internationale, responsabilités politiques et lourdeurs administratives.
Thom Biakpa




