Au Tchad, l’affaire Succès Masra connaît un nouveau tournant judiciaire majeur. La Cour suprême de N’Djamena a confirmé, jeudi 21 mai, la condamnation de l’ancien chef du gouvernement à vingt ans de prison ferme, mettant ainsi un terme aux recours internes engagés par sa défense. Cette décision rend définitive la peine prononcée contre celui qui demeure l’une des figures les plus influentes de l’opposition tchadienne.
Réunie sous haute surveillance sécuritaire, la plus haute juridiction du pays a rejeté le pourvoi en cassation introduit par les avocats de l’ex-Premier ministre. Aux abords du tribunal, un important dispositif policier et militaire avait été déployé dès les premières heures de la journée, limitant fortement l’accès à l’audience pourtant annoncée comme publique. Plusieurs journalistes auraient notamment été priés de quitter les lieux avant le délibéré.
La justice tchadienne reproche à Succès Masra d’avoir diffusé, en 2023, des messages considérés comme « racistes et xénophobes ». Selon l’accusation, ces prises de parole auraient contribué à attiser les tensions ayant conduit, deux ans plus tard, aux violents affrontements intercommunautaires de Mandakao, dans le sud du pays. Ces violences avaient fait de nombreuses victimes et provoqué une vive émotion à l’échelle nationale.
Outre l’ancien Premier ministre, plus de soixante-dix personnes avaient également été jugées dans ce dossier. En août dernier, la Cour criminelle avait condamné plusieurs accusés pour leur implication présumée dans les événements meurtriers survenus à Mandakao. Succès Masra avait alors écopé de vingt ans d’emprisonnement pour « complicité de meurtre », « association de malfaiteurs » et diffusion de messages jugés dangereux pour la cohésion sociale.
À l’issue de la décision de la Cour suprême, le collectif de défense de l’opposant a dénoncé une procédure entachée d’irrégularités. Me Francis Kadjilembaye, coordinateur des avocats de l’ancien chef du gouvernement, a regretté le rejet du pourvoi malgré sa recevabilité reconnue sur la forme, laissant entendre que d’autres démarches pourraient être envisagées dans les prochains mois.
Du côté du parti Les Transformateurs, les réactions n’ont pas tardé. Claudia Hoinathy, vice-présidente chargée de l’engagement et du leadership féminin, a dénoncé une condamnation qu’elle considère comme politique. Selon elle, cette affaire dépasserait le cadre judiciaire et nécessiterait désormais une issue politique, évoquant notamment l’hypothèse d’une grâce présidentielle ou d’une amnistie.
Avec cette décision définitive, les possibilités de recours au niveau national sont désormais épuisées pour Succès Masra. Ses avocats pourraient toutefois saisir des juridictions sous-régionales africaines ou des instances internationales, afin de contester la procédure et la condamnation prononcée par la justice tchadienne.
Thom Biakpa




