Le maïs ukrainien reprend progressivement la route de l’Algérie. Pour la première fois depuis 2023, le groupe agricole Nibulon a expédié 122 000 tonnes vers l’Office national algérien des aliments du bétail (ONAB), à travers quatre navires. Le volume reste modeste au regard des besoins algériens — estimés entre 4,7 et 5,4 millions de tonnes par an — mais il marque le retour d’une origine céréalière qui avait quasiment disparu du marché depuis le début de la guerre en Ukraine.
L’essentiel de ces importations est destiné à l’alimentation animale, en particulier aux filières avicoles et d’élevage. Le maïs entre directement dans la formulation des aliments composés et influence de façon mécanique les coûts de production des œufs, du poulet et, plus largement, des protéines animales. Depuis le recul des flux ukrainiens, Alger s’est davantage tournée vers les fournisseurs sud-américains. Le Brésil et l’Argentine dominent toujours le marché. Le retour de Nibulon ne modifie pas encore les équilibres commerciaux, mais il offre à l’Algérie une option supplémentaire dans un marché exposé aux aléas du fret maritime, aux tensions géopolitiques et à la volatilité des prix céréaliers.
Cette reprise intervient au moment où Alger cherche aussi à renforcer sa production nationale. Les autorités ont annoncé leur volonté de développer la culture du maïs grain dans les wilayas du Sud, avec un objectif de plus de 200 000 hectares cultivés d’ici 2028 — une ambition de réduction progressive de la dépendance aux importations, même si les besoins actuels des filières animales resteront largement couverts par les marchés internationaux dans les prochaines années.
Pour l’Ukraine, cette opération confirme la reconstitution progressive de ses débouchés agricoles en Afrique du Nord, un signal positif pour une filière céréalière qui cherche à reconstruire sa présence commerciale sur le continent. Pour les opérateurs africains, la leçon est plus large : dans les filières animales, la sécurité d’approvisionnement en maïs reste un facteur décisif de compétitivité, et la diversification des sources d’achat n’est plus une option mais une nécessité.




