Dans le nord-ouest du Nigeria, une nouvelle bavure militaire suscite l’indignation et ravive les inquiétudes autour des opérations aériennes menées contre les groupes armés. Dimanche, une frappe de l’armée nigériane a touché le marché de Tumfa, dans l’État de Zamfara, provoquant un lourd bilan humain parmi les civils.
Selon plusieurs responsables locaux, l’attaque a fait au moins 72 morts, tandis que d’autres témoignages évoquent un nombre de victimes encore plus élevé. Des habitants affirment que plus d’une centaine de personnes pourraient avoir perdu la vie dans cette explosion survenue alors que le marché était bondé. De nombreux blessés ont également été évacués vers les centres de santé de Zurmi et de Shinkafi, où les équipes médicales tentent de prendre en charge les survivants.
Les récits venant de la zone frappée décrivent une scène de chaos. Plusieurs corps auraient été gravement mutilés sous l’effet des explosions, compliquant leur identification. Les habitants parlent d’une attaque soudaine ayant semé la panique parmi les commerçants et les familles présentes sur le marché au moment du bombardement.
L’organisation Amnesty International a rapidement réagi en dénonçant une opération ayant causé la mort “d’au moins 100 civils”. L’ONG appelle les autorités nigérianes à ouvrir une enquête indépendante afin de faire la lumière sur les circonstances de cette frappe et d’établir les responsabilités.
L’armée nigériane, de son côté, défend son intervention. Dans un communiqué, elle affirme avoir visé un rassemblement de chefs terroristes et de commandants de groupes armés opérant dans cette région instable du pays. Les forces armées assurent avoir agi sur la base de renseignements indiquant la présence de figures importantes des réseaux criminels dans le village de Tumfa. Selon les militaires, l’opération a permis de détruire une base utilisée par ces groupes.
La région de Zamfara est depuis plusieurs années le théâtre de violences récurrentes attribuées à des bandes armées connues localement sous le nom de “bandits”. Ces groupes sont accusés d’attaques contre les villages, d’enlèvements contre rançon et de pillages à grande échelle. Malgré les opérations militaires répétées, l’insécurité continue de s’étendre dans plusieurs États du nord du Nigeria.
Cette nouvelle tragédie intervient dans un contexte déjà marqué par plusieurs frappes controversées. Le même jour, une autre opération aérienne menée dans l’État du Niger, au centre-nord du pays, aurait également causé la mort d’au moins 13 civils selon des témoins locaux.
Au cours des dernières années, l’armée nigériane a été régulièrement accusée d’erreurs de ciblage lors de ses offensives contre les groupes jihadistes et criminels. En avril dernier déjà, une frappe sur un marché très fréquenté dans l’État de Borno avait fait au moins 56 morts, poussant les autorités à promettre une enquête.
Face à la multiplication de ces incidents, les critiques se renforcent contre la stratégie sécuritaire du gouvernement nigérian. Des organisations de défense des droits humains demandent des mesures urgentes pour mieux protéger les populations civiles prises au piège entre les groupes armés et les opérations militaires.
Thom Biakpa




