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vendredi, juin 26, 2026
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Ghana : pourquoi l’État veut acheter 30 % de la production industrielle d’or

Le Ghana veut mieux contrôler la richesse produite par son secteur aurifère. À partir du 1er juillet 2026, les grandes compagnies minières vendront 30 % de leur production d’or à la Ghana Gold Board, plus connue sous le nom de GoldBod.

L’accord a été conclu entre le gouvernement et la Ghana Chamber of Mines, qui représente les principales entreprises du secteur. Il porte notamment sur la production de groupes comme Newmont, Gold Fields et Zijin Mining.

L’or sera livré au Ghana sous forme de doré, c’est-à-dire un produit semi-transformé issu directement des mines. Les achats seront réglés en cedis, sur la base du taux de référence de la Banque du Ghana, avec une décote de 0,55 % destinée à couvrir notamment les coûts de raffinage, de transport et de traitement.

Accra poursuit trois objectifs. Le gouvernement veut accroître les réserves d’or de la banque centrale, réduire la pression sur les devises étrangères et développer une véritable industrie nationale de raffinage.

Un accord qui porte la part achetée de 20 % à 30 %

Le Ghana avait lancé son programme d’achat d’or auprès des grandes mines en 2022. Les compagnies s’étaient alors engagées à céder jusqu’à 20 % de leur production annuelle à la Banque du Ghana.

Dans la pratique, les volumes effectivement livrés sont restés inférieurs aux objectifs.

Selon les responsables de la banque centrale, les mines industrielles avaient livré environ 10 tonnes d’or au cours de l’année précédente, pour une production déclarée proche de 100 tonnes. Le taux effectif de livraison était donc d’environ 10 %, malgré un engagement fixé à 20 %.

Le nouveau dispositif doit rendre les obligations plus claires. GoldBod devient l’intermédiaire central entre les compagnies minières, les raffineries locales et la Banque du Ghana.

Cette centralisation doit permettre de mieux suivre les quantités extraites, les volumes exportés et les recettes issues de la vente de l’or.

Renforcer les réserves de la Banque du Ghana

La première ambition du gouvernement est d’accroître les réserves internationales du pays.

L’or constitue un actif de réserve. Une banque centrale peut le conserver pour diversifier ses avoirs, le vendre sur les marchés internationaux afin d’obtenir des dollars ou l’utiliser comme garantie dans certaines opérations financières.

Les réserves d’or de la Banque du Ghana avaient atteint 19,2 tonnes en février 2026. Accra souhaite désormais accélérer leur accumulation dans le cadre du Ghana Accelerated National Reserve Accumulation Programme.

L’objectif annoncé est particulièrement ambitieux. Le gouvernement veut porter les réserves à un niveau équivalant à quinze mois d’importations d’ici à la fin de l’année 2028. Cela pourrait représenter jusqu’à 157 tonnes d’or.

En augmentant ses réserves, le Ghana espère disposer d’un meilleur bouclier face aux chocs extérieurs. Une réserve plus importante peut rassurer les investisseurs, renforcer la capacité du pays à financer ses importations et réduire sa vulnérabilité en période de tensions financières.

Soutenir le cedi et réduire la demande de dollars

Le paiement des compagnies minières en cedis constitue un élément central du dispositif.

Traditionnellement, les producteurs d’or exportent leur production et reçoivent des devises, principalement des dollars. Le nouveau système permet à GoldBod d’acheter une partie de l’or sur le territoire national sans mobiliser immédiatement les réserves en devises de l’État.

Le Ghana acquiert ainsi un actif international en utilisant sa propre monnaie.

Après raffinage, l’or peut être conservé par la Banque du Ghana ou vendu à l’étranger pour générer des devises. Le pays transforme donc des cedis en réserves d’or, puis potentiellement en dollars.

Ce mécanisme peut contribuer à réduire la pression sur le marché des changes. Il renforce aussi la capacité de la banque centrale à intervenir lorsque la demande de devises devient trop importante.

Le programme d’achat d’or a déjà joué un rôle dans la reconstitution des réserves et dans la stabilisation du cedi après la grave crise économique traversée par le Ghana.

L’effet ne doit cependant pas être surestimé. La solidité de la monnaie dépend aussi de l’inflation, des finances publiques, des exportations, du niveau de la dette et de la confiance des investisseurs.

Un enjeu de souveraineté sur la première richesse du pays

Le Ghana est le premier producteur d’or d’Afrique. Sa production a atteint un record de six millions d’onces en 2025.

Les mines industrielles ont fourni environ 2,9 millions d’onces. Le reste provenait principalement de l’exploitation artisanale et à petite échelle.

L’or représente l’une des principales sources de devises du pays. Pourtant, une grande partie de la valeur produite quitte encore le territoire sous une forme peu transformée.

Les compagnies extraient le minerai, produisent du doré puis l’exportent vers des raffineries étrangères. Les opérations de raffinage, de certification, de commercialisation et de transformation finale sont alors réalisées hors du Ghana.

Accra veut modifier ce modèle.

En contrôlant une part plus importante de la production, l’État peut mieux suivre les flux, réduire les exportations non déclarées et conserver davantage de valeur dans l’économie nationale.

La réforme s’inscrit dans une politique plus large de reprise en main du commerce de l’or. GoldBod dispose déjà du droit exclusif d’acheter et d’exporter l’or provenant du secteur artisanal et des petites mines autorisées.

Faire du Ghana un centre africain du raffinage

Le deuxième grand objectif concerne la transformation locale.

Tout l’or acheté aux grandes mines devra d’abord être raffiné au Ghana. Il pourra ensuite être envoyé vers une raffinerie reconnue par la London Bullion Market Association pour les dernières opérations de fusion, de marquage et de certification.

Cette étape intermédiaire illustre la difficulté actuelle du Ghana. Le pays dispose de raffineries, mais aucune ne bénéficie encore de l’accréditation internationale permettant à ses lingots d’être directement reconnus sur les principaux marchés mondiaux.

Le gouvernement veut obtenir l’accréditation de la LBMA pour au moins une raffinerie nationale d’ici à 2030.

La certification est stratégique. Elle atteste que les lingots respectent des exigences strictes en matière de pureté, de traçabilité, de qualité et d’approvisionnement responsable.

Une raffinerie accréditée pourrait vendre directement sa production aux grandes banques, aux négociants internationaux et aux investisseurs institutionnels. Le Ghana réduirait ainsi sa dépendance à l’égard des raffineries étrangères.

Des accords avec les raffineries nationales

GoldBod multiplie déjà les partenariats pour augmenter les capacités locales.

Un premier accord a été conclu avec Gold Coast Refinery. Celui-ci prévoit notamment une coopération avec Rand Refinery, installée en Afrique du Sud et reconnue par la LBMA.

Un deuxième partenariat a été signé avec Royal Ghana Gold Refinery. GoldBod doit lui fournir jusqu’à une tonne d’or par semaine pour traitement.

Ces accords doivent permettre aux raffineries ghanéennes d’accroître leurs volumes, d’améliorer leurs procédures et de se rapprocher progressivement des standards internationaux.

Le développement du raffinage local peut générer plusieurs avantages. Le pays conserve les frais de traitement, récupère l’argent et les autres sous-produits présents dans le doré et crée des emplois techniques.

Il peut également développer des activités complémentaires dans la fabrication de lingots, la bijouterie, le stockage sécurisé, l’assurance et le négoce des métaux précieux.

L’objectif à long terme est de construire une chaîne de valeur complète, allant de l’extraction jusqu’à la commercialisation d’un or raffiné et certifié au Ghana.

Vers la fin des exportations de minerais bruts ?

La réforme s’inscrit dans la volonté du président John Dramani Mahama de mettre fin aux exportations de minerais non transformés à l’horizon 2030.

Cette ambition ne concerne pas uniquement l’or. Elle traduit une volonté plus large de faire évoluer le Ghana d’un pays exportateur de matières premières vers une économie de transformation.

Le modèle actuel limite les retombées industrielles de l’exploitation minière. Les recettes fiscales et les emplois directs sont importants, mais une part substantielle de la valeur ajoutée est créée après l’exportation.

Le raffinage local permettrait de conserver une plus grande partie de cette valeur.

Cette stratégie rejoint une tendance observée dans plusieurs pays africains. La Guinée veut développer la transformation de la bauxite en alumine. La République démocratique du Congo cherche à renforcer la transformation de ses minerais stratégiques. L’Indonésie, en dehors du continent, a également utilisé des restrictions sur les exportations de nickel brut pour attirer des industries de transformation.

Le Ghana veut appliquer une logique comparable à l’or.

Quel impact pour les compagnies minières ?

Pour les grandes mines, l’accord modifie les modalités de commercialisation d’une partie de leur production.

Les entreprises devront livrer 30 % de leur or à GoldBod sous forme de doré et accepter un paiement en monnaie locale. Elles recevront le montant correspondant au taux de référence de la Banque du Ghana, diminué de la décote convenue.

Cette décote avait suscité des discussions avant la conclusion de l’accord. Les compagnies craignaient que les conditions commerciales ne réduisent leurs revenus ou ne compliquent leurs opérations.

Le gouvernement estime que la réduction de 0,55 % correspond aux coûts nécessaires à la constitution des réserves, au raffinage et au transport.

L’accord conclu avec la Ghana Chamber of Mines permet d’éviter, au moins dans l’immédiat, un affrontement direct entre l’État et les producteurs.

La stabilité de ce compromis sera néanmoins déterminante. Le secteur aurifère nécessite des investissements lourds et de long terme. Des conditions jugées trop contraignantes pourraient retarder l’ouverture de nouvelles mines ou l’extension des sites existants.

Le risque d’une accumulation coûteuse

L’achat massif d’or ne présente pas uniquement des avantages.

La Banque du Ghana doit créer ou mobiliser des cedis pour financer les acquisitions. Une injection excessive de monnaie dans l’économie peut alimenter l’inflation ou augmenter la pression sur le marché des changes.

Le programme doit donc être soigneusement coordonné avec la politique monétaire.

La banque centrale a déjà enregistré des pertes liées au coût de la politique de resserrement monétaire et à l’accumulation de réserves, notamment à travers les achats d’or.

Le prix du métal peut également fluctuer. L’or reste considéré comme une valeur refuge, mais une baisse importante des cours réduirait la valeur des réserves accumulées.

Enfin, la rentabilité du système dépendra de la transparence des achats, de l’efficacité des raffineries et de la capacité de GoldBod à limiter les coûts opérationnels.

Des défis environnementaux et de traçabilité

Le Ghana devra aussi garantir l’origine responsable de l’or intégré au programme.

Le développement de l’exploitation artisanale a soutenu la production nationale, mais il s’est accompagné d’importants dégâts environnementaux. L’exploitation illégale, appelée « galamsey », pollue les cours d’eau, dégrade les terres agricoles et échappe souvent aux mécanismes fiscaux.

GoldBod doit améliorer la formalisation et la traçabilité du secteur.

L’accréditation internationale d’une raffinerie ghanéenne dépendra notamment de la capacité du pays à démontrer que l’or traité ne provient pas de pratiques illégales, de zones de conflit ou d’activités portant gravement atteinte à l’environnement.

L’ambition industrielle devra donc être accompagnée d’un renforcement des contrôles, des technologies de traçabilité et des sanctions contre les réseaux clandestins.

Un pari majeur sur l’or comme outil de politique économique

En portant de 20 % à 30 % la part de la production industrielle achetée localement, le Ghana ne mène pas une simple opération commerciale.

Le pays utilise l’or comme un outil de politique monétaire, de constitution des réserves et de développement industriel.

La réforme peut renforcer le cedi, améliorer la résilience face aux chocs extérieurs et soutenir l’émergence d’un secteur national du raffinage.

Elle peut aussi permettre au Ghana de mieux tirer profit d’une production aurifère record, au moment où les cours mondiaux restent élevés.

Mais son succès dépendra de plusieurs conditions : la discipline monétaire, la transparence de GoldBod, la coopération avec les compagnies, l’amélioration de la traçabilité et l’obtention effective de l’accréditation de la LBMA.

Le Ghana produit déjà davantage d’or que tout autre pays africain. Son nouveau défi est de transformer cette puissance minière en véritable souveraineté financière et industrielle.

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