mardi, août 18, 2026
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Niger : Une raffinerie de 100 000 barils/jour à Dosso, le mégaprojet qui pourrait changer le destin pétrolier du pays

Le Niger est déterminé à franchir un nouveau cap dans la valorisation de ses ressources pétrolières. À Dosso, dans le sud-ouest du pays, un ambitieux projet de raffinerie de 100 000 barils par jour, associé à un complexe pétrochimique, doit voir le jour à la faveur d’un partenariat conclu entre l’État nigérien et le groupe international Zimar. L’investissement annoncé s’élève à 1,9 milliard de dollars, soit plus de 1 077 milliards de francs CFA.

L’accord a été signé le samedi 15 août à Niamey, au cabinet du Premier ministre. Pour l’État nigérien, la signature de cette convention marque une étape importante dans sa volonté de ne plus se limiter à l’extraction et à l’exportation du pétrole, mais de développer davantage sa transformation sur le territoire national.

Un investissement majeur porté par un partenariat public-privé

La convention a été paraphée par Bakary Yaou Sangaré, ministre nigérien des Affaires étrangères et président du comité chargé des négociations avec le partenaire pétrolier, et Benjamin Day Marc, PDG de Zimar Group et High Tech.

Le projet sera mis en œuvre selon le modèle BOT, pour « Build, Operate and Transfer », c’est-à-dire construire, exploiter puis transférer l’infrastructure à l’État. Dans ce schéma, Zimar devra mobiliser les ressources financières nécessaires, assurer la construction de la raffinerie et en prendre en charge l’exploitation pendant une période déterminée avant sa remise aux autorités nigériennes.

La convention s’étend sur seize années. Trois ans sont prévus pour la construction, tandis que les treize années suivantes seront consacrées à l’exploitation de l’installation.

Pour autant, le projet reste encore confronté à une étape décisive qui est son son financement. Zimar dispose de quatre mois pour mobiliser les financements et mener à bien l’ingénierie détaillée. Le bouclage financier, quant à lui, devra être réalisé dans un délai maximal de douze mois.

Une raffinerie cinq fois plus importante que celle de Zinder

Si elle se concrétise, l’installation de Dosso modifiera profondément l’échelle de l’industrie pétrolière nigérienne. Avec une capacité annoncée de 100 000 barils par jour, elle serait cinq fois plus importante que la raffinerie de Zinder, la SORAZ, dont la capacité actuelle est de 20 000 barils par jour.

Construite et exploitée depuis 2012 avec le groupe chinois CNPC, la SORAZ constitue aujourd’hui l’un des principaux outils de transformation du pétrole au Niger. La nouvelle infrastructure viendrait donc considérablement renforcer les capacités nationales de raffinage.

Mais le projet de Dosso ne se résume pas à une raffinerie. Il prévoit également la création d’un complexe pétrochimique et de plusieurs infrastructures connexes, notamment des pipelines, des installations de stockage et une plateforme industrielle.

L’objectif est ainsi de bâtir autour du pétrole un véritable écosystème industriel capable de générer davantage de valeur ajoutée au sein de l’économie nigérienne.

Transformer le pétrole pour créer davantage de valeur

Derrière cette initiative se trouve une ambition plus large. Celle de faire de la ressource pétrolière un véritable moteur de transformation économique. Pour les autorités nigériennes, produire du brut ne suffit pas. La transformation locale doit permettre de développer l’industrie, de renforcer l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers et de réduire la dépendance à l’égard des importations.

La création d’un complexe pétrochimique pourrait également ouvrir la voie à de nouvelles activités industrielles autour des hydrocarbures. Une telle dynamique pourrait favoriser l’émergence de compétences locales, stimuler la création d’entreprises et accroître les opportunités pour les travailleurs et les prestataires nigériens.

Zimar affirme notamment vouloir générer des milliers d’emplois directs et indirects. Le groupe prévoit également de mettre l’accent sur la formation des ingénieurs, des techniciens et des opérateurs nigériens, afin de renforcer progressivement les compétences nationales nécessaires à l’exploitation de ces infrastructures.

Dosso, futur carrefour énergétique régional ?

L’enjeu du projet pourrait dépasser largement les frontières du Niger. Selon ses promoteurs, une partie de la production de la future raffinerie pourrait être destinée aux marchés des pays voisins lorsque les besoins du marché intérieur seront satisfaits.

Cette perspective donnerait à Dosso une dimension régionale. Grâce à sa capacité de raffinage, à ses infrastructures de stockage et à son réseau de pipelines, la ville pourrait progressivement devenir un centre industriel et énergétique susceptible d’approvisionner une partie de la sous-région.

Pour le Niger, cette orientation s’inscrit dans une stratégie visant à accroître son poids dans le secteur pétrolier et à transformer progressivement ses ressources naturelles en instruments d’industrialisation et de développement économique.

Un potentiel important, mais des défis encore à relever

L’annonce de cette raffinerie ouvre de nombreuses perspectives, mais elle ne signifie pas encore que le projet est définitivement acquis. La première échéance sera celle de la mobilisation des financements. Zimar devra ensuite franchir les différentes étapes techniques et financières avant que les travaux puissent effectivement commencer.

La réussite du projet dépendra donc autant de la capacité à réunir les 1,9 milliard de dollars annoncés que de la réalisation effective des infrastructures dans les délais prévus.

Au-delà de la construction, le véritable enjeu sera également de parvenir à créer autour du pétrole une chaîne de valeur suffisamment solide : emplois qualifiés, sous-traitance locale, formation, infrastructures, industrie pétrochimique et débouchés commerciaux régionaux.

Le pétrole comme levier de transformation économique

Avec ce projet, le Niger affiche clairement sa volonté de passer d’une logique de production pétrolière à une stratégie davantage orientée vers la transformation et l’industrialisation. La raffinerie de Dosso pourrait, si elle est effectivement financée et construite, multiplier les capacités nationales de raffinage, renforcer l’approvisionnement en produits pétroliers et ouvrir de nouvelles perspectives industrielles.

Mais le chemin reste encore long. Dans les prochains mois, les regards seront particulièrement tournés vers la mobilisation des financements et le bouclage financier annoncés par Zimar.

Entre ambition industrielle et impératifs de financement, le projet de Dosso constitue ainsi un pari majeur pour le Niger. S’il aboutit, il pourrait contribuer à faire du pétrole non seulement une source de revenus, mais aussi un levier de création d’emplois, de développement industriel et de rayonnement économique régional.

Thom Biakpa

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