Ousmane Sonko a choisi la transparence pour répondre aux interrogations qui entourent depuis quelque temps son patrimoine personnel. Lors d’un entretien spécial diffusé dimanche 16 août sur Walf TV, Xalaat TV, Solo Media Group et Sud FM, le président de l’Assemblée nationale et leader du Pastef a livré des précisions sur les biens dont il dispose et rejeté toute insinuation concernant une éventuelle fortune dissimulée.
Selon ses déclarations, son patrimoine se résume essentiellement à son salaire, deux véhicules ainsi qu’une maison qui, a-t-il indiqué, a été cédée à son épouse. Une mise au point destinée à répondre aux questions persistantes sur l’évolution de sa situation financière depuis son entrée au sommet de l’État.
Sonko demande à ses détracteurs de produire des preuves
L’ancien Premier ministre s’est montré particulièrement offensif à l’égard de ceux qui mettent en doute la sincérité de ses déclarations. Il les a invités à présenter publiquement tout élément susceptible de mettre en cause sa probité.
« Je lance un défi. Qu’ils sortent autre chose », a-t-il lancé, estimant n’avoir aucune raison de dissimuler quoi que ce soit. Ousmane Sonko affirme par ailleurs, avoir toujours respecté ses obligations en matière de déclaration de patrimoine : « J’ai jamais raté ma déclaration. Je n’ai rien à cacher ».
Cette sortie intervient également dans le contexte des engagements pris par les autorités sénégalaises autour de la transparence dans la gestion publique. À l’origine, le mécanisme de déclaration de patrimoine concernait principalement le président de la République, au début et à la fin de son mandat. Le gouvernement a ensuite souhaité étendre cette obligation à un plus grand nombre de responsables publics, une évolution que le Pastef affirme avoir lui-même soutenue.
Les fonds spéciaux, nouvel objet de tension politique
Au-delà de la question patrimoniale, l’intervention d’Ousmane Sonko intervient dans un climat politique marqué par un autre dossier sensible : celui des crédits spéciaux, communément appelés « fonds secrets ».
L’Assemblée nationale examine actuellement une proposition de loi destinée à encadrer ces ressources. Sonko conteste toutefois certaines modalités de contrôle envisagées, notamment la possibilité d’un recours ou d’un référendum sur cette question. Pour lui, les fonds spéciaux ne sauraient justifier une procédure susceptible d’entraîner une consultation électorale, au regard des montants concernés.
Le dossier a pris une nouvelle dimension après la saisine du Conseil constitutionnel par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, le 14 août. Cette démarche a entraîné la suspension de la séance plénière qui devait initialement se tenir le 19 août.
Derrière cette bataille institutionnelle se profile surtout la nouvelle configuration du pouvoir sénégalais. Depuis la rupture politique intervenue en mai entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, les deux hommes occupent désormais des positions distinctes à la tête des institutions. Sonko dirige le gouvernement tandis que Faye est président de la République. La présidence de l’Assemblée nationale constitue ainsi un autre centre de pouvoir, faisant de certains textes législatifs le théâtre de confrontations entre institutions.
Une pratique qui ne date pas de l’ère Sonko
La controverse autour des fonds spéciaux a été ravivée en mai, lorsque Ousmane Sonko avait révélé devant les députés avoir bénéficié, lorsqu’il était Premier ministre, d’une enveloppe de 1,77 milliard de francs CFA.
Mais l’existence de ces fonds n’est pas une nouveauté dans la pratique gouvernementale sénégalaise. Le système remonte à plusieurs décennies. Sous la présidence d’Abdou Diouf, les crédits discrétionnaires mis à la disposition du Premier ministre s’élevaient déjà à 650 millions de francs CFA. Le mécanisme a ensuite perduré sous les présidences d’Abdoulaye Wade et de Macky Sall.
Pendant toutes ces années, aucun texte n’a imposé aux différents Premiers ministres de rendre compte publiquement de l’utilisation de ces fonds. Leur caractère discrétionnaire a ainsi nourri, au fil du temps, de nombreuses interrogations sur leur destination et leur mode de gestion.
Certains responsables politiques et acteurs de la vie publique défendent néanmoins une conception élargie de leur utilisation. Ces ressources ne serviraient pas uniquement aux questions liées à la sécurité ou aux impératifs confidentiels de l’État. Elles pourraient également être mobilisées pour des évacuations sanitaires à l’étranger ou encore pour accompagner certains événements religieux, dans le cadre d’une tradition de solidarité considérée comme ancienne au Sénégal.
Une double bataille pour Sonko
En s’exprimant sur son patrimoine, Ousmane Sonko cherche donc à répondre à une polémique personnelle tout en s’inscrivant dans un débat beaucoup plus large sur la transparence de la gestion publique.
Son discours repose sur une ligne claire : il affirme respecter ses obligations légales, dément toute dissimulation et demande à ses adversaires de produire des éléments concrets plutôt que de se limiter aux accusations. Dans le même temps, son opposition à certaines modalités d’encadrement des fonds spéciaux montre que les tensions politiques et institutionnelles restent vives au sommet de l’État sénégalais.
Entre la question de son patrimoine, la réforme des déclarations de biens et le débat sur les crédits spéciaux, Ousmane Sonko se retrouve ainsi au cœur de plusieurs dossiers qui touchent directement à la gouvernance, à la transparence et à l’équilibre des pouvoirs au Sénégal.
Thom Biakpa




