Le Gabon accélère la transformation de ses secteurs stratégiques de l’eau et de l’électricité. Dans son discours à la Nation prononcé, le 16 août à l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance du pays, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé l’ouverture de la distribution aux investisseurs privés, avec l’ambition d’accélérer la modernisation des infrastructures et d’améliorer durablement la qualité des services publics.
Cette décision s’inscrit dans une volonté plus large du chef de l’État de renforcer la souveraineté économique du Gabon tout en mobilisant davantage de capitaux et de compétences privées.
Une ouverture encadrée du secteur
Le président gabonais entend désormais permettre à des opérateurs privés de prendre part à la distribution de l’eau et de l’électricité. Mais cette ouverture ne se fera pas sans conditions. Les investisseurs ciblés devront être en mesure « d’investir, d’innover et de respecter les exigences du service public ».
L’objectif affiché est double : attirer des financements nécessaires à la modernisation des réseaux et bénéficier de l’expertise technique d’acteurs capables d’améliorer les performances du secteur. Pour Libreville, il s’agit notamment de transformer l’investissement privé en résultats concrets pour les populations, à travers une meilleure disponibilité de l’eau potable et de l’électricité.
Une réforme qui prolonge la restructuration de la SEEG
Cette nouvelle orientation intervient après l’annonce, en juin dernier, d’une profonde réforme de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Brice Clotaire Oligui Nguema avait alors annoncé la séparation des activités liées à l’eau et à l’électricité, estimant que le modèle de gestion existant avait atteint ses limites.
Le gouvernement prévoit également de distinguer les différentes fonctions du secteur, notamment la production, la distribution et la commercialisation. Cette restructuration doit permettre une gestion plus spécialisée et, à terme, une plus grande efficacité opérationnelle.
En juin 2026, le Conseil des ministres avait par ailleurs, examiné des projets de loi visant à créer deux entités distinctes, « La Gabonaise des Eaux » et « Électricité du Gabon », dans le cadre de la scission des activités de la SEEG.
Attirer les capitaux pour moderniser les infrastructures
Pour les autorités gabonaises, l’enjeu est particulièrement important dans un contexte marqué par les difficultés récurrentes d’approvisionnement en eau et en électricité. La modernisation des infrastructures nécessite en effet des investissements importants, aussi bien dans les capacités de production que dans les réseaux de transport et de distribution.
L’ouverture au secteur privé apparaît ainsi comme un moyen de compléter les efforts de l’État en attirant des ressources financières, des technologies et des compétences nouvelles. Elle s’inscrit également dans la stratégie défendue par Oligui Nguema visant à renforcer la souveraineté économique du Gabon en développant ses infrastructures et en améliorant la maîtrise de ses secteurs essentiels.
Le Gabon dispose déjà d’expériences de mobilisation de capitaux privés dans le secteur énergétique. En 2023, par exemple, l’État avait désigné la société SOLEN comme titulaire d’une convention d’investissement pour la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 120 MWac.
Le défi : garantir un service public performant
Au-delà de l’arrivée éventuelle de nouveaux opérateurs, le véritable enjeu sera celui des résultats. L’ouverture de la distribution aux investisseurs privés devra permettre de réduire les perturbations, d’améliorer la qualité des réseaux et de garantir un accès plus régulier aux services essentiels.
Le président Oligui Nguema semble vouloir établir un équilibre entre intervention publique et participation privée. L’État conserve la responsabilité de la politique du secteur et des exigences liées au service public, tandis que les investisseurs sont appelés à apporter les moyens financiers et techniques nécessaires à sa modernisation.
Cette orientation marque donc un changement important dans la manière dont Libreville envisage la gestion de l’eau et de l’électricité. Après la séparation des activités de la SEEG, l’ouverture de la distribution aux investisseurs privés constitue une nouvelle étape de la réforme.
Pour les Gabonais, l’attente reste cependant très concrète. Que ces transformations institutionnelles et ces nouveaux investissements se traduisent rapidement par une eau disponible, une électricité plus fiable et des infrastructures capables d’accompagner le développement économique du pays.
À travers cette réforme, Brice Clotaire Oligui Nguema cherche ainsi à faire de l’eau et de l’énergie non seulement des services publics mieux gérés, mais également des leviers de développement et de souveraineté économique pour le Gabon.
Thom Biakpa




