À l’est du Tchad, une crise sanitaire silencieuse prend de l’ampleur, portée par un enchaînement de facteurs qui fragilisent déjà des populations vulnérables. Dans cette région frontalière du Soudan, la propagation simultanée de la rougeole et de la méningite inquiète fortement les équipes de Médecins Sans Frontières, qui décrivent une situation en nette détérioration.
L’origine de cette aggravation tient en grande partie aux mouvements massifs de population. Depuis le déclenchement du conflit soudanais en 2023, des milliers de réfugiés affluent vers le Tchad, s’installant dans des camps souvent surpeuplés. Dans ces espaces précaires, le manque d’eau potable, les conditions d’hygiène limitées et la difficulté d’accès aux soins constituent un terrain idéal pour la diffusion rapide des maladies infectieuses, en particulier chez les plus jeunes.
La ville d’Adré illustre l’ampleur de la crise. En l’espace de quelques semaines, les cas de rougeole y ont connu une hausse spectaculaire, passant de quelques dizaines en début d’année à plusieurs centaines au printemps. La méningite, quant à elle, progresse tout aussi rapidement et s’avère particulièrement meurtrière. Plusieurs dizaines d’enfants en sont déjà décédés, avec un taux de létalité préoccupant.
Dans les structures de santé locales, la pression est devenue extrême. Les équipes médicales doivent faire face à un afflux constant de patients, souvent dans un état grave. Les complications liées à la rougeole, comme les infections respiratoires sévères, nécessitent des prises en charge urgentes alors que les capacités hospitalières sont déjà saturées.
Pour tenter de freiner la propagation, des campagnes de vaccination ont été déployées avec le soutien des autorités sanitaires. Des dizaines de milliers d’enfants ont ainsi été immunisés contre la rougeole, tandis que plusieurs centaines de milliers de personnes ont reçu un vaccin contre la méningite. Malgré ces efforts, les acteurs humanitaires estiment que la réponse reste insuffisante si elle ne s’inscrit pas dans une stratégie plus durable, incluant un renforcement des soins de base et de la vaccination de routine.
La situation demeure particulièrement préoccupante dans la province du Sila, où la rougeole continue de gagner du terrain. Sans amélioration rapide des conditions de vie et de l’accès aux services de santé, les prochaines semaines pourraient voir la crise s’intensifier davantage, mettant en péril des milliers d’enfants déjà fragilisés.
Thom Biakpa




